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L'ASIE DESSINÉE
BD: Crise diplomatique en Chine populaire,
tourments intimes à Taïwan
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Thèmes: L'Asie en BD |
Asialyst, 1er juin 2026
Chine 1955 raconte sur le mode thriller
le difficile rétablissement des liens entre la France
et la Chine de Mao, tandis que Sukima évoque
tout en finesse les tourments de la jeune génération
de Taïwan.
Patrick de Jacquelot
Aller à
Pékin en 1955 alors que Mao est en train d’établir son
pouvoir, qu’il envisage d’attaquer les forces
nationalistes réfugiées à Formose (Taïwan) et que la
France n’a pas de relations diplomatiques avec le régime
révolutionnaire qui s’installe: voilà une mission peu
ordinaire pour deux diplomates français chargés de nouer
le contact avec les nouvelles autorités chinoises. Avec
en prime une mission ultra confidentielle: récupérer les
informations sur les opérations des services secrets
français en Chine restées dissimulées dans les locaux de
l’ambassade quand les diplomates ont été expulsés par
les forces chinoises…
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| Image extraite de Sukima,
tome 1, Casterman (crédit Casterman) |
Bien enlevée, cette intrigue de pure fiction sert surtout à présenter le contexte historique et diplomatique de l’époque. De nombreux élément d’information sont communiqués à l’occasion de conversations ou même d’un film d’actualités au cinéma. Les dilemmes auxquels sont confrontées les autorités françaises sont bien rendus, ainsi que le contexte international extrêmement tendu avec la crainte de voir les États-Unis utiliser une bombe atomique pour défendre Formose. L’album, qui est complété par un dossier de huit pages informatives, se termine ainsi sur l’installation du statu quo entre la Chine continentale communiste et la Chine nationaliste de Formose, statu quo qui perdure aujourd’hui - mais pour combien de temps encore?
Mêlant habilement grande Histoire et fiction, cette Chronique diplomatique se lit avec plaisir et se révèle d’autant plus convaincante qu’elle est dessinée dans un style hyper-réaliste très réussi.
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Au fil des pages de ce copieux premier volume avec ses nombreux flash-backs, on reconstitue l’itinéraire de la jeune fille: une enfance tourmentée entre la seule famille qu’il lui reste, sa grand-mère, et les harcèlements dont elle est victime à l’école; une passion à sens unique, semble-t-il, pour un militant de l’indépendance de Taïwan; une prise de conscience politique progressive… Grâce à un cours sur les droits de l’homme dans l’île suivi de la rencontre avec le beau militant, Yang Yang découvre des pans entiers de l’histoire de son pays qu’elle ignorait totalement - et nous en fait profiter: description de la dictature du Kuomintang de Tchang Kaï-chek, horreurs de la répression pendant son règne, silence de plomb qui prévaut encore de nos jours sur cette période noire de l’île… Son enseignante lui explique comment le seul fait de parler de « Chine continentale » pour désigner la République populaire de Chine par opposition à Taïwan est inacceptable: ce terme implique que l’île serait partie intégrante de la Chine communiste avec une simple distinction géographique entre l’île et le continent.
Prise entre ses tourments intimes et ses questionnements politiques, on pressent à la fin de ce premier volume que la jeune fille va s’engager de plus en plus en faveur de l’indépendance pure et simple de son pays. A suivre dans un tome deux à la parution annoncée pour bientôt. Sukima s’annonce d’ores et déjà comme un manga des plus intéressants, avec des personnages attachants, une toile de fond d’une actualité brûlante et un dessin raffiné.
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Avec Umami***, voici une réjouissante parodie de roman noir déclinée dans un Tokyo joyeusement délirant. On y rencontre un détective privé alcoolique (comme il se doit) au bout du rouleau, qui tente d’élucider le mystère de la soupe de ramen tellement sublime que les consommateurs n’y survivent pas… Il faut dire qu’une recette aussi parfaite peut rapporter gros aux yakuzas (les gangsters japonais) qui la contrôlent. Et si notre détective minable peut par la même occasion éclairer les circonstances du décès de sa fille, il ne va pas s’en priver. Personnages humains et animaux - chiens, gorilles, hippopotames… - évoluent dans un décor de jeu vidéo aux couleurs acidulées pour cette histoire loufoque 100% japonaise due à un auteur 100% français.
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La très impressionnante série Gen aux pieds nus ou Gen d’Hiroshima dont l’Asie dessinée a abondamment parlé continue sa parution avec les tomes 4 et 5**** (sur un ensemble de dix volumes programmés). Ces deux tomes couvrent la période de la fin de 1945 à 1948. Le petit Gen et ce qui reste de sa famille tentent de rebâtir leur vie alors que les effets immédiats du bombardement atomique s’éloignent peu à peu. Revenus s’installer à Hiroshima, ils sont toujours en proie aux pires difficultés. La misère et la faim sont le lot commun dans cette ville anéantie. La présence envahissante des occupants américains n’est pas pour rasséréner Gen qui se heurte également aux profiteurs en tout genre et aux yakuzas - encore eux - qui cherchent à exploiter la main d’œuvre facile des enfants d’Hiroshima laissés à eux-mêmes. Toujours aussi dur, toujours aussi frappant, toujours aussi indispensable.
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Avec ce sixième tome*****, Stéphane Melchior et Benjamin Bachelier terminent le deuxième cycle de l’adaptation en bande dessinée de la série de romans de Lian Hearn Le clan des Otori… et annoncent qu’ils n’iront pas plus loin. On ne peut que le regretter: l’histoire, longue, complexe et passionnante de Lian Hearn est loin d’être achevée. Cette sixième BD se termine sur ce qui ressemble à un happy end: le mariage de Takeo et de Kaede qu’ils désiraient tous deux plus que tout. Mais les lecteurs des romans savent que l’histoire ne s’arrête pas là: ce mariage a contrecarré les intérêts des multiples puissances de ce Japon médiéval de fantaisie et l’histoire d’amour des deux jeunes gens ne sera pas à l’eau de rose… Toujours aussi prenant, le récit captive, porté par les splendides images de Benjamin Bachelier, toutes imprégnées de la tradition des estampes japonaises. On ne peut que souhaiter qu’une autre équipe aussi talentueuse prenne le relais pour poursuivre l’aventure.
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* Chroniques diplomatiques - Chine
1955
Scénario Tristan Roulot, dessin Christophe Simon
64 pages
Le Lombard
16,45 euros
** Sukima, tome 1
Scénario et dessin Gao Yan
256 pages
Casterman
14,50 euros
*** Umami
Scénario et dessin Willy Ohm
168 pages
Dargaud
23,95 euros
**** Gen aux pieds nus, tomes 4
et 5
Scénario et dessin Keiji Nakazawa
288 et 272 pages
Le Tripode
13,90 euros le volume
***** Le clan des Otori, tome 6 Les
neiges de l’exil
Scénario Stéphane Melchior, dessin Benjamin
Bachelier
88 pages
Gallimard
22,95 euros
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